La divergence entre les autorités monétaires des deux côtés de l’Atlantique devrait devenir un moteur déterminant pour les marchés des devises en 2026. Alors que la Réserve fédérale a déjà entamé un cycle d’assouplissement — avec trois réductions depuis septembre — la Banque centrale européenne reste en mode de maintien, avec des taux bloqués à 2,15 % depuis le milieu de l’année. Cet écart de politique sera crucial pour déterminer si l’euro progresse vers 1,20 ou recule davantage vers 1,13 et au-delà.
Le défi de croissance de la zone euro : résiliente mais inégale
La dynamique économique de l’Europe raconte une histoire compliquée. La croissance reste présente mais limitée, avec une expansion modérée de 0,2 % au T3 dans la zone euro, bien que la divergence soit marquée : l’Espagne et la France ont enregistré respectivement 0,6 % et 0,5 %, tandis que l’Allemagne et l’Italie ont stagné. La projection de référence de la Commission européenne prévoit un ralentissement progressif, avec une croissance de 1,3 % pour 2025, un chiffre plus doux de 1,2 % pour 2026, puis une reprise à 1,4 % en 2027 — un schéma suggérant que l’année prochaine pourrait être plus mouvementée que ce que le consensus anticipe actuellement.
Les vents contraires structurels renforcent les préoccupations cycliques. Le secteur automobile allemand subit une contraction de 5 % de sa production dans un contexte de transition vers les véhicules électriques et de disruptions d’approvisionnement continues. Par ailleurs, le déficit d’innovation de l’Europe par rapport aux États-Unis et à la Chine persiste en raison d’un sous-investissement chronique dans les technologies émergentes.
Les dynamiques commerciales deviennent problématiques. La perspective de tarifs réciproques allant de 10 à 20 % sur les exportations de l’UE vers l’Amérique menace de causer de véritables dégâts aux économies dépendantes des exportations. Les premiers indicateurs montrent déjà une baisse de 3 % des expéditions de l’UE vers les États-Unis, avec les produits chimiques et l’automobile subissant les plus lourds impacts. Ces courants contraires signifient que la résilience de la zone euro ne doit pas être confondue avec un élan — l’économie traverse une période difficile plutôt qu’elle ne s’accélère.
La résurgence de l’inflation : la raison pour laquelle la BCE ne bougera pas
Juste au moment où les risques de déflation semblaient s’éloigner, les pressions sur les prix se reforment. L’inflation dans la zone euro a atteint 2,2 % en glissement annuel en novembre, dépassant légèrement l’ancre à moyen terme de la BCE à 2,0 %, et augmentant par rapport à 2,1 % le mois précédent. La composition est particulièrement préoccupante pour les décideurs : si les prix de l’énergie ont diminué de 0,5 %, l’inflation des services a augmenté à 3,5 % contre 3,4 %, une catégorie particulièrement tenace que les banques centrales ont du mal à contenir.
Le 18 décembre, la BCE a prévisible maintenu tous ses taux inchangés — le taux de dépôt à 2,00 %, le taux principal de refinancement à 2,15 %, et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Avec des pauses dans les réductions prévues pour la seconde moitié de 2025 et des projections d’inflation suggérant une baisse progressive sur trois ans, la majorité des analystes et observateurs de la BCE s’accordent sur une pause prolongée : ni baisse ni hausse ne semblent imminentes. La déclaration de Christine Lagarde après la réunion, qualifiant la politique de « bonne place », a renforcé l’absence d’urgence.
Les analystes du marché partagent cette évaluation. Christian Kopf, d’Union Investment, ne prévoit aucun mouvement à court terme, toute modification de politique étant plus probable à la fin 2026 ou en 2027 — si ce n’est une tendance à un resserrement. Une enquête d’économistes de Reuters confirme cette tendance, la majorité des répondants anticipant des taux inchangés tout au long de 2026 et en 2027, bien que la confiance s’érode fortement au-delà de l’horizon immédiat.
La trajectoire d’assouplissement de la Fed : politique et économie en collision
L’année 2025 de la Réserve fédérale s’est révélée plus dovish que prévu initialement. Trois réductions de taux ont porté le taux des fonds fédéraux à 3,5 %-3,75 %, dépassant la projection de décembre 2024 de deux coupures. Une pause en mars — en raison de préoccupations tarifaires et de désinflation — a laissé place à une première réduction en septembre, suivie de mouvements en octobre et décembre alors que l’inflation se calmait et que les conditions du marché du travail se détendaient.
Pour l’avenir, des considérations politiques compliquent davantage la donne. Le mandat de Jerome Powell se termine en mai 2026, et sa reconduction est largement considérée comme peu probable. Les critiques publiques de Trump sur la « lenteur » de Powell concernant les réductions, ainsi que ses insinuations selon lesquelles son successeur à la Fed adopterait un assouplissement plus rapide, ajoutent une couche d’incertitude. Les grandes banques d’investissement s’accordent sur deux réductions en 2026, pouvant atteindre 3,00 %-3,25 %, mais la justification est aussi importante que la prévision. Plutôt que de soutenir une économie en surchauffe, ces réductions viseraient à gérer un scénario de croissance que Moody’s qualifie de « délicate balance ».
Goldman Sachs et Nomura envisagent plusieurs scénarios, avec des réductions possibles en mars-juin ou juin-septembre, reflétant l’incertitude réelle intégrée dans les prévisions à douze mois.
EUR/USD en 2026 : cartographier deux récits concurrents
Le chemin pour le taux de change euro-dollar dépend de deux variables fondamentales : si la croissance de la zone euro reste au-dessus ou en dessous de 1,3 %, et si la patience de la BCE se traduit par une résilience ou devient une responsabilité si la détérioration s’accélère.
Scénario un : Europe stable, Fed en continuelle réduction
Si l’expansion de la zone euro reste au-dessus de 1,3 % et que l’inflation se rapproche progressivement de la cible, la BCE peut maintenir sa politique de non-intervention. Parallèlement, si les réductions de la Fed continuent sans effondrement économique, le différentiel de taux d’intérêt se réduit — une dynamique historiquement favorable à l’euro. Dans ce contexte, l’EUR/USD pourrait facilement dépasser 1,20, certains analystes visant même des cibles plus ambitieuses. Pour donner un ordre d’idée, si l’euro se renforce significativement, des valorisations autour de 70 euros pour 1 USD deviennent de plus en plus pertinentes pour la couverture et la gestion de portefeuille.
Scénario deux : choc de croissance, BCE contrainte d’agir
Inversement, si la croissance du PIB de la zone euro déçoit et tombe en dessous de 1,3 %, la BCE sera sous pression croissante pour passer d’une politique neutre à une politique de soutien. Des réductions de taux anticipées pourraient ramener l’EUR/USD vers la zone de support à 1,13, voire remettre en question le plancher à 1,10. Une escalade de la guerre commerciale accélérant cette détérioration ne ferait qu’accélérer le recul de l’euro.
Les prévisions institutionnelles dressent des tableaux opposés
Le scénario de base de Citi prévoit un renforcement du dollar, avec un pouvoir d’achat du USD qui grimperait jusqu’à ce qu’un euro ne vaille que 1,10 $ d’ici le T3 2026 — soit une dépréciation d’environ 6 % par rapport aux niveaux actuels de 1,1650. Cette projection repose sur une relance de la croissance américaine, tandis que les réductions de la Fed déçoivent par rapport aux prix du marché.
UBS Global Wealth Management avance une thèse contrastée : maintien de la BCE + réductions de la Fed = différentiel de rendement qui se réduit = soutien à l’euro. Leur cible pour mi-2026 est à 1,20, reflétant leur confiance dans la résilience de la zone euro et la poursuite des réductions de taux par la Fed.
L’issue du euro en 2026 se résoudra finalement en une question binaire : si la divergence de politique s’élargit (assouplissement de la Fed vs patience de la BCE) et si l’Europe évite la récession, l’euro a de la marge pour grimper. Si les chocs commerciaux s’intensifient, que la croissance fléchit, et que la BCE passe en mode gestion de crise, alors 1,13 et 1,10 deviennent des cibles de prix de plus en plus probables.
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Perspectives de l'euro 2026 : Comment la divergence de politique pourrait remodeler la dynamique EUR/USD
La divergence entre les autorités monétaires des deux côtés de l’Atlantique devrait devenir un moteur déterminant pour les marchés des devises en 2026. Alors que la Réserve fédérale a déjà entamé un cycle d’assouplissement — avec trois réductions depuis septembre — la Banque centrale européenne reste en mode de maintien, avec des taux bloqués à 2,15 % depuis le milieu de l’année. Cet écart de politique sera crucial pour déterminer si l’euro progresse vers 1,20 ou recule davantage vers 1,13 et au-delà.
Le défi de croissance de la zone euro : résiliente mais inégale
La dynamique économique de l’Europe raconte une histoire compliquée. La croissance reste présente mais limitée, avec une expansion modérée de 0,2 % au T3 dans la zone euro, bien que la divergence soit marquée : l’Espagne et la France ont enregistré respectivement 0,6 % et 0,5 %, tandis que l’Allemagne et l’Italie ont stagné. La projection de référence de la Commission européenne prévoit un ralentissement progressif, avec une croissance de 1,3 % pour 2025, un chiffre plus doux de 1,2 % pour 2026, puis une reprise à 1,4 % en 2027 — un schéma suggérant que l’année prochaine pourrait être plus mouvementée que ce que le consensus anticipe actuellement.
Les vents contraires structurels renforcent les préoccupations cycliques. Le secteur automobile allemand subit une contraction de 5 % de sa production dans un contexte de transition vers les véhicules électriques et de disruptions d’approvisionnement continues. Par ailleurs, le déficit d’innovation de l’Europe par rapport aux États-Unis et à la Chine persiste en raison d’un sous-investissement chronique dans les technologies émergentes.
Les dynamiques commerciales deviennent problématiques. La perspective de tarifs réciproques allant de 10 à 20 % sur les exportations de l’UE vers l’Amérique menace de causer de véritables dégâts aux économies dépendantes des exportations. Les premiers indicateurs montrent déjà une baisse de 3 % des expéditions de l’UE vers les États-Unis, avec les produits chimiques et l’automobile subissant les plus lourds impacts. Ces courants contraires signifient que la résilience de la zone euro ne doit pas être confondue avec un élan — l’économie traverse une période difficile plutôt qu’elle ne s’accélère.
La résurgence de l’inflation : la raison pour laquelle la BCE ne bougera pas
Juste au moment où les risques de déflation semblaient s’éloigner, les pressions sur les prix se reforment. L’inflation dans la zone euro a atteint 2,2 % en glissement annuel en novembre, dépassant légèrement l’ancre à moyen terme de la BCE à 2,0 %, et augmentant par rapport à 2,1 % le mois précédent. La composition est particulièrement préoccupante pour les décideurs : si les prix de l’énergie ont diminué de 0,5 %, l’inflation des services a augmenté à 3,5 % contre 3,4 %, une catégorie particulièrement tenace que les banques centrales ont du mal à contenir.
Le 18 décembre, la BCE a prévisible maintenu tous ses taux inchangés — le taux de dépôt à 2,00 %, le taux principal de refinancement à 2,15 %, et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Avec des pauses dans les réductions prévues pour la seconde moitié de 2025 et des projections d’inflation suggérant une baisse progressive sur trois ans, la majorité des analystes et observateurs de la BCE s’accordent sur une pause prolongée : ni baisse ni hausse ne semblent imminentes. La déclaration de Christine Lagarde après la réunion, qualifiant la politique de « bonne place », a renforcé l’absence d’urgence.
Les analystes du marché partagent cette évaluation. Christian Kopf, d’Union Investment, ne prévoit aucun mouvement à court terme, toute modification de politique étant plus probable à la fin 2026 ou en 2027 — si ce n’est une tendance à un resserrement. Une enquête d’économistes de Reuters confirme cette tendance, la majorité des répondants anticipant des taux inchangés tout au long de 2026 et en 2027, bien que la confiance s’érode fortement au-delà de l’horizon immédiat.
La trajectoire d’assouplissement de la Fed : politique et économie en collision
L’année 2025 de la Réserve fédérale s’est révélée plus dovish que prévu initialement. Trois réductions de taux ont porté le taux des fonds fédéraux à 3,5 %-3,75 %, dépassant la projection de décembre 2024 de deux coupures. Une pause en mars — en raison de préoccupations tarifaires et de désinflation — a laissé place à une première réduction en septembre, suivie de mouvements en octobre et décembre alors que l’inflation se calmait et que les conditions du marché du travail se détendaient.
Pour l’avenir, des considérations politiques compliquent davantage la donne. Le mandat de Jerome Powell se termine en mai 2026, et sa reconduction est largement considérée comme peu probable. Les critiques publiques de Trump sur la « lenteur » de Powell concernant les réductions, ainsi que ses insinuations selon lesquelles son successeur à la Fed adopterait un assouplissement plus rapide, ajoutent une couche d’incertitude. Les grandes banques d’investissement s’accordent sur deux réductions en 2026, pouvant atteindre 3,00 %-3,25 %, mais la justification est aussi importante que la prévision. Plutôt que de soutenir une économie en surchauffe, ces réductions viseraient à gérer un scénario de croissance que Moody’s qualifie de « délicate balance ».
Goldman Sachs et Nomura envisagent plusieurs scénarios, avec des réductions possibles en mars-juin ou juin-septembre, reflétant l’incertitude réelle intégrée dans les prévisions à douze mois.
EUR/USD en 2026 : cartographier deux récits concurrents
Le chemin pour le taux de change euro-dollar dépend de deux variables fondamentales : si la croissance de la zone euro reste au-dessus ou en dessous de 1,3 %, et si la patience de la BCE se traduit par une résilience ou devient une responsabilité si la détérioration s’accélère.
Scénario un : Europe stable, Fed en continuelle réduction
Si l’expansion de la zone euro reste au-dessus de 1,3 % et que l’inflation se rapproche progressivement de la cible, la BCE peut maintenir sa politique de non-intervention. Parallèlement, si les réductions de la Fed continuent sans effondrement économique, le différentiel de taux d’intérêt se réduit — une dynamique historiquement favorable à l’euro. Dans ce contexte, l’EUR/USD pourrait facilement dépasser 1,20, certains analystes visant même des cibles plus ambitieuses. Pour donner un ordre d’idée, si l’euro se renforce significativement, des valorisations autour de 70 euros pour 1 USD deviennent de plus en plus pertinentes pour la couverture et la gestion de portefeuille.
Scénario deux : choc de croissance, BCE contrainte d’agir
Inversement, si la croissance du PIB de la zone euro déçoit et tombe en dessous de 1,3 %, la BCE sera sous pression croissante pour passer d’une politique neutre à une politique de soutien. Des réductions de taux anticipées pourraient ramener l’EUR/USD vers la zone de support à 1,13, voire remettre en question le plancher à 1,10. Une escalade de la guerre commerciale accélérant cette détérioration ne ferait qu’accélérer le recul de l’euro.
Les prévisions institutionnelles dressent des tableaux opposés
Le scénario de base de Citi prévoit un renforcement du dollar, avec un pouvoir d’achat du USD qui grimperait jusqu’à ce qu’un euro ne vaille que 1,10 $ d’ici le T3 2026 — soit une dépréciation d’environ 6 % par rapport aux niveaux actuels de 1,1650. Cette projection repose sur une relance de la croissance américaine, tandis que les réductions de la Fed déçoivent par rapport aux prix du marché.
UBS Global Wealth Management avance une thèse contrastée : maintien de la BCE + réductions de la Fed = différentiel de rendement qui se réduit = soutien à l’euro. Leur cible pour mi-2026 est à 1,20, reflétant leur confiance dans la résilience de la zone euro et la poursuite des réductions de taux par la Fed.
L’issue du euro en 2026 se résoudra finalement en une question binaire : si la divergence de politique s’élargit (assouplissement de la Fed vs patience de la BCE) et si l’Europe évite la récession, l’euro a de la marge pour grimper. Si les chocs commerciaux s’intensifient, que la croissance fléchit, et que la BCE passe en mode gestion de crise, alors 1,13 et 1,10 deviennent des cibles de prix de plus en plus probables.